Koenigsegg est une maison que beaucoup connaissent de nom sans vraiment savoir ce qu’elle fabrique. Fondée en 1994 à Ängelholm, dans le sud de la Suède, par Christian von Koenigsegg, elle produit des hypercars en très petite série, à la main, avec un niveau d’intégration technique qui dépasse la plupart des grands constructeurs.
L’Agera est l’un de ses modèles les plus importants : lancée en 2010, elle a porté la marque au sommet des classements de vitesse mondiaux pendant près d’une décennie. Voici son histoire complète.
Sommaire
ToggleLe contexte : quinze ans de Koenigsegg, un nouveau départ
L’Agera est présentée au salon de Genève en mars 2010, pour célébrer les quinze ans de la marque. Elle succède à la CCXR, elle-même dérivée de la CCX, et marque une rupture dans la philosophie de conception de la maison suédoise.
Le nom n’est pas choisi au hasard. « Agera » renvoie à deux références simultanées : le verbe suédois « agera », qui signifie agir, et le grec « Ageratos », qui signifie sans âge. Cette double étymologie pose d’emblée l’ambition du modèle : une voiture intemporelle, active, qui ne vieillit pas.
Techniquement, l’Agera abandonne définitivement la base mécanique des premières Koenigsegg pour introduire un châssis entièrement développé en interne, en fibre de carbone et aluminium, autour d’un V8 maison biturbo de 5 litres de cylindrée. Pour la première fois chez Koenigsegg, le constructeur ne dépend plus de blocs moteurs extérieurs modifiés : tout est conçu et assemblé à Ängelholm.
Fiche technique de l’Agera de base
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | V8 biturbo Koenigsegg, 5 litres |
| Puissance | 960 ch |
| Couple | 1 100 Nm à 4 000 tr/min |
| Boîte | Robotisée 7 rapports |
| Transmission | Propulsion |
| Poids à vide | 1 330 kg |
| 0 à 100 km/h | 3,0 secondes |
| 0 à 200 km/h | 8,0 secondes |
| 0 à 300 km/h | 14,53 secondes |
| Vitesse maximale | 410 km/h |
| Production | 7 exemplaires |
Le châssis monocoque en fibre de carbone est fabriqué intégralement par Koenigsegg dans ses ateliers suédois. La carrosserie suit la même logique : chaque panneau est produit sur mesure, ajusté à la main. Ce niveau d’intégration verticale est exceptionnel à l’échelle d’un constructeur produisant moins de cinquante véhicules par an.
Une lignée, sept versions : l’évolution de l’Agera
L’Agera n’est pas un modèle figé. Elle a évolué en une famille de versions successives, chacune poussant davantage la puissance, l’aérodynamique ou l’exclusivité.


L’Agera R (2011)
L’Agera R pousse le V8 biturbo à 1 115 chevaux, grâce à des modifications sur l’alimentation en carburant et la gestion électronique. Elle peut fonctionner au E85 (superéthanol), ce qui lui confère un potentiel supplémentaire sur piste. La production est limitée à 18 exemplaires. C’est l’Agera R qui établit les premières références de vitesse absolue pour la famille.
L’Agera S (2012)
L’Agera S est conçue pour les marchés où le superéthanol n’est pas disponible en qualité suffisante. Équipée pour fonctionner uniquement à l’essence sans plomb standard, elle développe 1 030 chevaux. La production est également très limitée.
La One:1 (2014)
La One:1 est le point culminant de la lignée Agera dans sa philosophie la plus radicale. Son nom décrit son rapport poids-puissance : 1 megawatt de puissance (1 340 chevaux) pour 1 340 kilogrammes. Un pour un, d’où le nom. Sept exemplaires sont prévus, dont un prototype conservé par Koenigsegg. Elle est la première voiture de série à revendiquer ce ratio. La One:1 est également la première production mondiale à dépasser le mégawatt de puissance, un seuil symbolique dans l’histoire de l’automobile.
Un exemplaire appartenant à l’ancien pilote de Formule 1 Adrian Sutil a été dérobé à Monaco en janvier 2026, conduisant Interpol à lancer une alerte internationale. L’affaire a rappelé à quel point ces véhicules constituent des cibles de premier rang pour les réseaux de vol de collection.
L’Agera RS (2015)
L’Agera RS est la version la plus diffusée et la plus connue de la famille. Présentée au salon de Genève 2015, elle est produite à 25 exemplaires. La puissance varie entre 1 160 et 1 360 chevaux selon la configuration et le carburant utilisé. Le couple maximal atteint 1 371 Nm dans les configurations les plus poussées.
Structurellement, l’Agera RS adopte une carrosserie roadster/targa en fibre de carbone et Kevlar. Son aérodynamique génère 450 kilogrammes d’appui à 250 km/h, un chiffre remarquable pour un véhicule qui reste homologué pour la route.
Les Agera Final (2016) et Agera FE (2018)
La série Agera Final, lancée en 2016, marque officiellement la fin de la production. Trois exemplaires sont construits : l’Agera ML, l’Agera XS et la One of One. En 2018, Koenigsegg présente la sous-série Agera FE (Final Edition), composée de deux modèles baptisés Thor et Väder. Thor arbore une finition carbone grise bi-ton incrustée de diamants. Väder ajoute des inserts en feuille d’or blanc sur l’aileron et la carrosserie. Les deux reçoivent le moteur de 1 megawatt de la One:1.
Pour comparer avec une autre hypercar de collection dont la cote a suivi une trajectoire similaire, notre article sur le prix de la Ferrari F40 donne les repères du marché.
Les records : quand l’Agera RS a réécrit l’histoire
Le 4 novembre 2017 est une date à retenir dans l’histoire de l’automobile. Sur une portion de la Route 160 à Pahrump, dans le Nevada, Koenigsegg fait fermer la route publique avec l’accord des autorités locales. Le pilote maison Niklas Lilja prend le volant de l’Agera RS.
Le résultat redessine le classement mondial des voitures de série les plus rapides. L’Agera RS atteint 457,9 km/h en vitesse de pointe, avec une moyenne aller-retour de 447,91 km/h. Ces deux chiffres lui valent le titre de voiture de série la plus rapide du monde, dépassant la Bugatti Veyron Super Sport et la Hennessey Venom GT.
Le même jour, trois autres records tombent simultanément : le kilomètre le plus rapide sur route publique (445,54 km/h de moyenne), le mile le plus rapide sur route publique (444,66 km/h), et la vitesse la plus élevée jamais atteinte sur route publique.
Un mois auparavant, le 5 octobre 2017, l’Agera RS avait déjà établi le record du 0-400-0 km/h en 36,44 secondes sur 2 239,5 mètres, devançant la Bugatti Chiron qui venait d’établir sa propre marque quelques semaines plus tôt. Ce record sera ensuite repris par la Koenigsegg Regera en septembre 2019 (31,49 secondes), qui appartient également à la famille Koenigsegg.
Ce qui distingue techniquement l’Agera RS
Au-delà des chiffres, plusieurs choix techniques de l’Agera RS méritent d’être mentionnés pour comprendre comment une voiture de 1 295 kilogrammes peut atteindre de telles performances.
- Le rapport poids-puissance est au cœur de la philosophie Koenigsegg. Là où la concurrence cherche à augmenter la puissance, Koenigsegg travaille simultanément à réduire la masse. Chaque composant est pesé, optimisé, remplacé par un équivalent plus léger si possible. L’Agera RS atteint un ratio de 1,24 kg par cheval en configuration optimale.
- Les freins carbone-céramique avec disques ventilés de 397 mm à l’avant (étriers 6 pistons) et 380 mm à l’arrière (étriers 4 pistons) sont dimensionnés pour absorber les freinages depuis les vitesses les plus élevées sans fade thermique. C’est cette capacité de freinage qui rend possible le record 0-400-0, aussi exigeant pour les freins que pour la motorisation.
- La boîte robotisée à 7 rapports avec mode séquentiel permet des passages de rapports en quelques dizaines de millisecondes. Sur une voiture de propulsion avec un couple de 1 371 Nm, la gestion de la puissance à la roue arrière est un défi permanent que la transmission doit absorber.
Pour ceux qui cherchent la puissance extrême dans un format berlina quatre portes homologuée route, le Brabus Rocket 900 représente une autre approche de la démesure mécanique.
Ce que les fans de Koenigsegg se demandent souvent
Quel est le prix d’une Koenigsegg Agera ?
Les Agera de base (7 exemplaires produits) se négociaient à leur sortie autour de 1,5 million d’euros. L’Agera RS, selon les configurations et l’état, s’échange sur le marché de la collection entre 2,5 et 4 millions d’euros. Les versions uniques (One of One, Thor, Väder) et la One:1 atteignent des niveaux confidentiels, vraisemblablement bien au-dessus de 5 millions selon les rares transactions documentées.
Quelle est la différence entre l’Agera R et l’Agera RS ?
L’Agera R (2011, 18 exemplaires) développe 1 115 chevaux et fonctionne au E85. L’Agera RS (2015, 25 exemplaires) est une évolution complète avec 1 160 à 1 360 chevaux, une aérodynamique entièrement repensée générant 450 kg d’appui à 250 km/h, et les records mondiaux de vitesse à son actif. Ce sont deux générations distinctes, séparées de quatre ans de développement.
Combien d’Agera ont été produites au total ?
En additionnant toutes les versions, la production totale de la famille Agera dépasse à peine 80 exemplaires, toutes versions confondues. L’Agera de base : 7 exemplaires. L’Agera R : 18. L’Agera S : quelques unités. La One:1 : 7. L’Agera RS : 25. Les séries Final et FE : une poignée d’unités supplémentaires.
Pourquoi Koenigsegg a-t-elle arrêté l’Agera ?
La gamme Agera a été officiellement close en 2018 avec les Agera FE Thor et Väder. Elle a été remplacée par la Jesko, présentée au salon de Genève 2019, qui pousse le V8 biturbo au-delà de 1 600 chevaux et représente la génération suivante de la philosophie Koenigsegg. L’Agera n’a pas été abandonnée : elle a simplement été dépassée par son successeur.
Une voiture qui a redéfini ce qu’une supercar de série peut faire
La Koenigsegg Agera restera dans l’histoire de l’automobile pour plusieurs raisons simultanées. Elle a démontré qu’un constructeur suédois de moins de cent employés pouvait concevoir, fabriquer et faire homologuer une voiture capable de battre les records de vitesse absolue sur route ouverte.
Elle a posé les bases techniques sur lesquelles la Regera et la Jesko ont été construites. Et elle a prouvé que le rapport poids-puissance est, finalement, l’équation la plus honnête pour mesurer la performance d’une automobile.


